jeudi 6 octobre 2011

revue de lectures...

sur la poignée de livres qui m’a accompagnée depuis la razzia en librairie de mi-juillet

L’armée furieuse
de Fred Vargas

Dernier roman de l’archéologue du CNRS qui fait rêver Geoffroy d’une carrière pianistique parallèle et combinable à la vie de chercheur. Retrouvailles avec le croustillant de la langue, la galerie de personnages familiers et singuliers de la brigade criminelle, les obsessions des uns et des autres, les biais qui font progresser l’enquête, l’enchevêtrement des affaires policières et des itinéraires intimes, les démêlés de la raison avec l’intuition et vice versa !

Escamotage de la fin ou dénouement à double fond ? In fine, on retombe sur ses pattes. Petit regret cependant, l’absence de la mystérieuse et rayonnante Camille.


Le paradis – un peu plus loin
de Mario Vargas Llosa

D’abord gênée par l’enchâssement systématique des deux portraits, déconnectés, à deux époques, une alternance jugée monotone : un chapitre la grand-mère, militante féministe, un chapitre le petit-fils peintre. Une fois cette construction binaire de la narration acceptée, pris le rythme de croisière à suivre, par intermittence, le déroulé des fins tragiques de Flora Tristan et de Paul Gauguin. Nul suspens en effet, chacun va vers sa mort, mais en tentant de se rester fidèle à soi, de vivre libre, dans ses excès et son génie controversé. Création et passion politique : des moteurs, des prisons, des brûlures.


L’origine de la violence
de Fabrice Humbert

Dans la série secret de famille et extermination juive, pas exceptionnel mais lecture plaisante. Les intrigues amoureuses et les manœuvres médiocres du passé quand elles rejaillissent sur les relations contemporaines et sentimentales d’un couple franco-allemand.

Semblant de mise en abîme de l’écriture, pas le volet le plus convaincant. Un auteur qui dit « je » avec une espèce de fausse modestie un brin agaçante.


Un brillant avenir
de Catherine Cusset

Trio infernal belle-mère/fils/bru.

Amour, science, dictature, exil, conquête de la liberté. Parcours Roumanie-Israël-New-York pour l’ancienne, finalement personnage focal. Caractère, bataille et angoisse comme carburants pour faire tourner la roue de sa destinée et de celle de sa famille. Une mère juive intransigeante, injuste, invasive et, au final, une femme seule.

Respect filial et tâtonnement pour un gars promis à un brillant avenir en terre promise.

Désinvolture et incrédulité pour la rapportée, elle-même exilée pour rapprochement de conjoint,
désorientée et self-centrée.
Pas incontournable.


Eloge des femmes mûres
de Stephen Vizinczey

Que d’enthousiasme critique (4ème de couv’ et chapitre
final de coupures de presse...) pour cette éducation sentimentale et sexuelle de la Hongrie au Canada en passant par la World War II. Émoi, séduction et papillonnage d’un jeune homme rétroraconté par le devenu vieux, un tantinet prétentieux quant à sa connaissance et à son respect présumés de la gente féminine.
Plutôt relire Le diable au corps de
Raymond Radiguet.

Arlington Park
de Rachel Cusk

Sous deseperate housewives dans une banlieue grise et britannique. J’ai craqué au bout de 104 pages, jeté l’éponge, essorée par une interminable séquence de cabines d’essayage entre ménagères pathétiques. Décrire, même dans un langage fleuri, des scènes de séries TV ne fait pas littérature…


La délicatesse
de David Foekinos
Coup de cœur du libraire, meilleure vente d’Amazon.fr de l’été, traduit en quinze langues… Abîme de perplexité devant la médiocrité de l’objet. Ça sonne faux de bout en bout – parce que j’ai tout lu pour assassiner en conscience, mais definitely c’est navrant. Artifices de forme, précisément au combien artificiels. Recours ridicule à la définition, abusif à la citation. Clins d’œil pathétiques et si tarte à la crème à des «références» culturelles…

Cf. Le Nouvel Obs du 8 septembre où l’auteur s’exprime sur le récent best of littéraire du XXème siècle livré par Frédéric Begbeder : « Je me rends compte de mon inculture »…


Le chœur des femmes
de Martin Winkler
Rencontre intergénérationnelle avec ses frictions, transmission de témoin en beauté. Parcours initiatique d’une jeune et brillante interne en médecine. Véritable manifeste au soin, l’écoute, la bienveillance, la modestie, la dédication. Crédo féministe à la sauce vingt-et-unième siècle, agrémenté d’une galerie de personnages très cohérente, en étoile autour du Dr. Une intrigue sur les motivations de chacun, ses réussites, ses atermoiements, ses choix cruciaux.

700 pages avalées comme de le dire ! Extrait des premières : « En quittant les salles d’accouchement, je n’avais qu’une hâte, c’était de retourner au bloc. Là au moins, les femmes ne crient pas, elles ne posent pas de question, elles veulent seulement qu’on fasse sauter la tumeur qui leur dévore le foutu utérus qui saigne de tous ses fibromes – et ça, c’est seulement de la petite bière, le plus intéressant c’est tout de même la dentelle : monter du 95B à une planche à pain sans lui laisser une cicatrice, prélever six ovocytes dans un ovaire infoutu de les cracher tout seul, les féconder in vitro et les mettre au four dans l’utérus en faisant en sorte que ça lève. (…) J’avais eu beau expliquer que tenir la main c’était vraiment pas mon style, et que les soins primaires ça n’était pas du tout ma tasse de thé. Alors j’étais vachement fumasse d’aller perdre mon temps. »


Dis oui Ninon
de Maud Lethielleux
Faire parler l’enfance, pas évident. Réussi avec simplicité et fraîcheur. Premier roman emprunt de malice et de sincérité, sur fond de vécu.

« En fait, c’est bien d’être moche. Je veux dire : ça évite les problèmes d’affection et tout ça. »


en vrac et en bref

Séduite par Le mec de la tombe d’à côté, j’ai tenté un autre Katarina Mazetti pour ados Entre Dieu et moi, c’est fini, déçue.
Alléchée par Les déferlantes, j’ai siroté un petit Claudie Gallay pour les petits Les années cerises.

Recueil de nouvelles de Anton Tchékhov dégoté à la livraria Cultura de Brasilia Un royaume de femmes et De l’amour, le règne du dialogue qui plonge à la fois dans le théâtre et le Russie des riches désœuvrés.

Assez parlé d’amour
, un roman de Hervé Le Tellier, simple et bien écrit, sans prétention - ouf -, juste à la hauteur de ses ambitions. « Que celle - ou celui - qui ne veut pas - ou plus - entendre parler d’amour repose ce livre. ».

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