Avant le rapatriement de tous les livres lus vers l'Hexagone, je m'empresse de rédiger une nouvelle et dernière édition light de ma revue de lecture.
L'art du roman de Virginia Woolf
Recueil de dix articles, tous plus intéressants que les autres. Délectation comme toujours. Toute petite sélection d'extraits...
" Le seul conseil en effet qu'une personne puisse donner à une autre à propos de la lecture c'est de ne demander aucun conseil, de suivre son propre instinct, d'user de sa propre raison, d'en arriver à ses propres conclusions."
" Mais peu de gens demandent aux livres ce que les livres peuvent nous donner. Le plus communément nous abordons les livres avec un esprit confus et divisé, demandant au roman d'être vrai, à la poésie d'être fausse, à la biographie d'être flatteuse, à l'histoire de renforcer nos propres préjugés. Si nous pouvions bannir, quand nous lisons, toutes ces idées préconçues, ce serait un admirable commencement. Ne donnez pas d'ordre à votre auteur ; essayer de devenir lui. Soyez son collaborateur et son complice."
" Le moyen le plus rapide de comprendre ce que sont les matériaux du romancier, c'est peut-être non plus de lire mais d'écrire ; de faire votre propre expérience des dangers et des difficultés des mots."
" Quand nous lisons, nous avons beau nous pénétrer d la nécessité d'être compréhensifs, nous avons beau essayer d'effacer notre personnalité ; nous savons que nous ne pouvons pas être totalement compréhensifs ou totalement impersonnels. Il y a toujours en nous un démon qui chuchote : 'je déteste, j'adore', et nous ne pouvons pas le faire taire. En fait, c'est précisément parce que nous détestons, parce que nous adorons, que nos rapports avec les poètes et les romanciers sont si intimes et que nous trouvons intolérable la présence d'un tiers. Et même si le résultat en est déplorable, même si nos jugements sont faux, c'est toujours notre goût, notre intense émotion personnelle qui avant tout nous éclairent ; c'est à travers le sentiment que nous apprenons ; nous ne pouvons faire taire notre individualité sans l'appauvrir."
Extraits de Comment lire un livre ?
" Souvent rien de tangible ne reste de la journée d'une femme. La nourriture qu'elle a préparé est mangée ; les enfants qui ont été les objets de ses soins sont partis à travers le monde. Où l'accent tombe-t-il ? Quel est pour le romancier le point saillant à saisir ? Il est difficile de le dire. La vie d'une femme a un caractère anonyme qui est décevant, déconcertant à l'extrême."
Extraits de Les femmes et le roman - mars 1929
Au temps du roi Edouard de Vita Sackville-West
Amie intime de Virginia, elle ne joue vraiment pas dans la même catégorie. Il faut dire que je n'ai pu juger de son style à sa juste mesure étant donné que je l'ai lue en traduction française, mais tout de même pas convaincue.
" Vous vous en rendrez compte vous même. Inutile que je vous l'apprenne. Personne n'a jamais foi en l'expérience des autres ; c'est à peine si, peu à peu, on se laisse convaincre par ses propres découvertes."
Bringing up bébé - One Amercian Mother Discovers the Wisdom of French Parenting by Pamela Druckerman
Plus qu'une chronique, une analyse documentée et chroniquée par une Américaine à Paris sur les présumées sagesses de l'éducation à la française. A la fois réflexion sur le clash culturel chez une transplantée et description en miroir de ce que les Français font instinctivement - et en fait culturellement - de particulier pour élever leurs enfants : les faire patienter un peu avant de les satisfaire, réussir à leur faire faire leur nuit rapidement, prôner et mettre en place un cadre - l'exercice de l'autorité et pratique de la sacro-sainte limite -, laisser faire cependant - permissif mais pas laxistes -, ménager un temps réservé aux adultes en général et au couple de parents en particulier, etc. Préjugés états-uniens - que j'ai pu aisément rapprocher des visions en vigueur au Brésil - sur l'allaitement, la crèche sont battus en brèche par les pratiques hexagonales des upper or middle-class mothers. Assez édifiant, sans doute juste, souvent drôle et plein d’auto-dérision. Genre de vademecum instructif et qui aide se regarder faire !
" There is something nice about being pregnant in a place where I'm pratically immune to other people's judgments."
"Warming up to the crèche turned out to be easy. Warming up to the other mothers there wasn't .I'm aware that American-style instant bonding between women doesn't happen in France. I've heard that female friendships here start out slowly and can take years to ramp up. (Though once you're finally 'in' with a Frenchwoman, you're supposedly stuck with her for life. American insta-friends can drop you anytime.) "
" Frenchwomen openly question what their own quality of life would be if they looked after children all day. The French media has no problem describing this experience with cold-eyed ambivalence. One article I read says that for mothers 'without a professionnal activity (...) the principal advantage is to see there kids grow up.But the fact of being an at-home mother brings inconveniences, notably isolation and solitude'."
" For the French parents and educators, a way of building the cadre is simply by talking a lot about the cadre. They spend a lot of time telling their kids what is permissible and what's not. All this talk seem to will the cadre into existence. It starts to take on an almost physical presence, much like a good mime convinces you there's actually a wall.."
Les heures souterraines de Delphine de Vigan
Roman qui coule doucement malgré les violences sourdes décrites sur l'entreprise, les manipulations perverses à l’œuvre, les mesquineries de l'égoïsme couard. Sur la solitude urbaine, les amours à sens unique et les rendez-vous manqués.
" Dans la moiteur des draps, elle parvient toujours à la même conclusion : elle ne va pas y arriver."
La solitude des nombres premiers de Paolo Giordano
Ou comment les drames de l'enfance, les traumatismes du corps ou du destin peuvent imprimer la vie entière. Traversée de l'adolescence, puis quête de soi chez de jeunes êtres tout sauf simples. Une bouchée mais pas tant de souvenirs.
Le magasin des suicidés de Jean Teulé
Comment le grain de sable de l'optimisme et de la gaité s'immisce dans le commerce du sinistre et du funèbre et le met à bas. Une fable, très théâtrale, ou cinématographique, au fond.
Histoire secrète du Costaguana de Juan Gabriel Vásquez
Vivement recommandé par Mathias Enard qui le qualifie de "l'un des plus grands auteurs d'aujourd'hui, tous territoires confondus". Je me suis laissée convaincre, disons, sur le premier tiers. Le rapport narrateur/personnage avec adresse récurrente au lecteur - que j'affectionne, ce n'est plus un mystère ! - et à une certaine Heloisa qui finit par naître dans le récit. Les considérations sur la vérité relative du romancier et l'inéluctable Histoire, dans un verbe efficace et assez malin. Mais, à la longue, j'avoue avoir saturé de l'histoire politique colombienne et de la thèse, qui vire un peu au système de pauvre démonstration, selon laquelle nos petites histoires ne peuvent décidément pas échapper à la Grande avec un grand G, heu H !.
"Oui, chers lecteurs et jurés, dans mon récit démocratique, les objets ont aussi voix au chapitre et il faudra leur céder la parole. (Ah, les artifices auxquels doit recourir un pauvre narrateur pour relater ce qu'il ne sait pas et masquer ses incertitudes sous des propos captivants !)" Petit clin d’œil, votre honneur, aux aficionados de Nancy Houston, déjà lecteurs de Une adoration.
L'homme aux cercles bleus de Fred Vargas
Un des premiers de la série Jean-Baptiste Adamsberg, le personnage principal est déjà bel et bien là, les secondaires récurrents sont déjà plus qu'ébauchés, la complexité de l'intrigue n'est cependant pas encore au rendez-vous. A lire d'une traite, lors d'un long voyage en train..
en cours
Memórias Póstumas de Brás Cubas de Machado de Assis Début avorté de lecture dans le texte d'un grand auteur brésilien. A reprendre... Juste eu le temps de mesurer qu'on a, com certeza, affaire dans cette romance biographique à un chef d’œuvre.
"Cresci; e nisso é que a família não interveio; cresci naturalmente, como crescem as magnólias e os gatos. Talvez os gatos são menos matreiros, e, com certeza, as magnólias são menos inquietas do que eu era na minha infância. um poeta dizia que o menino é pai do homen. Se isto é verdade, vejamos alguns lineamentos do menino."
A room of own's own byVirginia Woolf
Une conférence sur les femmes et la fiction qui commence fort bien.
" Alas, laid on the grass, how small, how unsignificant this thought of mine looked; the sort of fish that a good fisherman puts back in the water so that it may grow fatter and be one day worth cooking and eating. I will not trouble you with that thought now, though if you look carefully you may find it for yourselves in the course of what I am going to say."
Rosa candida de Audur Ava Ólafsdóttir - Mouais, faut voir où ça va...
Tristes Tropiques de Levi Strauss - Waou, y'a pas photo !

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