mercredi 31 octobre 2012

revue de lectures - séquence critique et florilège II

Saison automnale de frénésie lectrice, voici les fruits de mes vendanges cueillis sous les chaleurs terrassantes d’octobre.

En censurant un roman d’amour iranien de Shahriar Mandanipour
Excellent conseil et présent de la plus persane de mes amies. Enchâssement dans le récit des commentaires omniprésents de l’auteur, narrateur étonnamment non-omniscient tant le censeur est embusqué dans sa propre autocensure mentale et tant les personnages rivalisent à la fois de doutes et d’astuces. Niveaux de récit, remarques, corrections donnent lieu à un jonglage typographique avec lequel le lecteur s’accommode vite !

Mais retournons à l’Université de Téhéran…
Les étudiants reçoivent toujours des coups de matraque…
Non. Cette phrase ne plaira pas du tout à M. Petrovitch. En outre, du point de vue de la littérature iranienne, ce n’est pas une information le moins du monde passionnante, parce que dans mon pays, depuis la fondation de la première université, se faire tabasser et être jeté en prison a toujours fait partie du programme obligatoire des études… Voilà donc comment je vais effectuer la transition pour reprendre le fil de mon récit : Revenons ensemble à ce beau jour de printemps dans la rue de la Liberté. ..
La police anti-émeute poursuit ses efforts pour disperser les étudiants.

Orlando de Virginia Woolf
Le sentiment rare d’être en présence d’un chef d’œuvre. Un personnage magnifique, polymorphe, entier, surréel, avec et sans concession. Et surtout, un biographe sémillant, incarnation littéraire du wit. Une lecture à faire et refaire. Une auteure-phare (lighthouse author…) à visiter et revisiter at teatime
No passion is stronger in the breast of man than the desire to make others believe as he believes. Nothing so cuts at the roots of his happiness and fills him with rage as the sense that another rates low what he prizes high.

It was now November. After November, comes December. Then January, February, March and April. After April, comes May. June, July, August follow. Next is September. Then, October and so, behold, here we are back at November again, with a whole year accomplished.
This method of writing biography, though it has its merits, is a little bare, perhaps, and the reader, if we go on with it, may complain that he could recite the calendar for himself. But what can the biographer do when his subject has put him in the predicament in which Orlando has now put us ? Life, it has been agreed by everyone whose opinion is worth consulting, is the only fit subject for novelist or biographer; life, the same authorities have decided, have nothing whatever to do with sitting in a chair and thinking. Thought and life are as the poles asunder.


Le confident d’Hélène Grémillon
Un bref premier roman qui coule comme une gorgée de thé au lait, texte dévidé en 24h. Sous forme partiellement épistolaire, avec ses points de vue multiples sur le passé, le malin double-fond des révélations, l’affleurement graduel du mensonge. Etre mère, ne pas l’être, les affres subséquentes…

Je n’ai jamais douté de ce que je projetais. Etait-ce la solitude ? Ou alors le silence, le désœuvrement ? J’avais presque oublié le mal qu’ils m’avaient fait. Je tentais de ranimer mes griefs contre eux, mais ils m’indifféraient presque. Les seuls sentiments qui subsistaient étaient la culpabilité et les remords. Et puis, est-ce que je serais une bonne mère ?

Armance de Henri Beyle
Un petit Stendhal de derrière les fagots pour une histoire de grands sentiments. Langue délicieuse, personnages excessifs, amours pures. A déguster sans modération.

L’amour-propre d’Octave n’avait plus de secrets pour Armance, et ces deux jeunes cœurs étaient arrivés à cette confiance sans bornes qui fait peut-être le plus doux charme de l’amour. Ils ne pouvaient parler de rien au monde sans comparer secrètement le charme de leur confiance actuelle avec l’état de contrainte où ils se trouvaient quelques mois auparavant. Et cette contrainte elle-même, dont le souvenir était si vif et malgré laquelle ils étaient déjà si heureux à cette époque, était une preuve de l’ancienneté et de la vivacité de leur amitié. 

Fleurs de tempête de Philippe Le Guillou
Nouvelle dévoration, je suis tombée dedans comme dans un chaudron triste de Bretagne. L’évocation de multiples lieux bretons chers à mon cœur (Loctudy, Beg Meil, Saint Mathieu, Recouvrance, Lechiagat, etc.) n’a rien gâté - litote ! Pour l’hommage, pour le trouble du sentiment et pour le chagrin sublimé. Marottes et maladresses, mais touchant aussi pour ça...

Nos dernières années seront finistériennes, éclairées par la lumière des confins de la péninsule armoricaine. (…) La tristesse et la mélancolie nous saisissent chaque fois au milieu des pierres, face à l’étendue somptueuse des vagues qui viennent se déchirer sur les grèves au-dessous des ruines.

Les chiots de Mario Vargas Llosa
Exploration éclair des écrits du Prix Nobel de Littérature 2010 avec cette nouvelle sur la fuite en avant à la James Dean d’un jeune qui fut plein d’avenir, puis moins jeune... Un troublant mélange du ‘ils’ et du ‘nous’, parfois dans une même phrase, pour faire le récit de l’expérience commune de cette bande de gars.

Le pauvre, disions-nous à son enterrement, ce qu’il a souffert, quelle vie il a eue, mais cette fin c’est un fait qu’il l’a bien cherchée.

Cards on the table de Agatha Christie
Traditionnel avertissement au lecteur, bon prologue fictionnel, enchaîné sur scène d’exposition magistrale où les protagonistes défilent, croqués sommairement et avec une efficacité redoutable. 4 futurs suspects présentés avant même que le meurtre ne soit perpétré. Lecture en cours, je nage encore en plein suspens….

Dr Roberts was a cheerful, highly coloured individual of middle age. Small twinkling eyes, a touch of baldness, a tendency to embonpoint and a general air of well-scrubbed and disinfected medical practitioner. A man of the world!
Mrs Lorrimer was a well-dressed woman of sixty. She had finely-cut features, beautifully arranged grey hair, and a clear, incisive voice.
Major Despard was a tall, lean, handsome man, his face slightly marred by a scar on the temple.
Miss Meredith, a girl in the twenties, entered. She was of medium height and pretty. Brown curls clustered in her neck, her grey eyes were large and wide apart. Her face was powdered but not made up. Her voice was slow and rather shy.

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