Flux ininterrompu de taxis, ballet dément de bus, le vacarme et le grouillement d’une ville où le piéton asphyxié au Ca n’a pas vraiment de place. La ville est belle mais les bâtiments (18ème, art déco, etc.) en sale état. Les immeubles et maisons des vieux quartiers pleins de vie de Lapa et Santa Teresa, que nous sillonnons à pied en ônibus et en bondinho (dernier vieux tramway en activité au Brésil), tagués avec beaucoup de créativité, sans être laissés à l’abandon, ont un sacré coup dans l’aile. Faute d’une campagne ruineuse et musclée de rénovation, ils se délabrent doucement mais sûrement. Odeurs de gaz, d’urine, de sueur. La misère est présente, visible, couchée au sol, même le jour, dans la chaleur du centre ville.
Samba dans les cafés, grande feijoada qui paralyse les rues le samedi après-midi, marché de produits frais avec force stands de pastel (beignet fourré au fromage, au poulet, etc.) pour casser la croute sur le pouce, marché de bric et de brocante.
Les Cariocas sont variés, de toutes les couleurs et les corpulences, tirés à quatre épingles, tatoués, chirurgiés esthétiques, transsexuels, en uniformes divers d’écolier, de vendeur, de policier militaire, avenants ou revêches.
Séance de cinéma de quartier dans une salle très jeune et hilare devant un documentaire sur le mouvement musical des Novos Baianos et les anecdotes croustillantes sur l’époque mythique de ces fils de João Gilberto. Centre culturel de Banco do Brasil, haut lieu du mécénat, foisonnant de propositions dont nous avons profité dans les grandes largeurs, aussi grâce à la gratuité et à une politique tarifaire pour le moins séduisante. Librairie culturelle bien achalandée. Expo We want Miles prêtée par la Cité de la musique à La Villette. Tournée de l’expo I’m a Cliché - Echos de l’esthétique Punk, produite aux Rencontres internationales de la photographie de Arles. O bosque, pièce de théâtre contemporain traduite de l’Américain David Mammet, interprétée avec talent par deux jeunes acteurs brésiliens mais dans une mise en scène un tantinet poseuse… L'occasion de découvrir des affiches de la Companhia dos Atores de Enrique Diaz, auteurs collectifs d'un mémorable Ensaio Hamlet dans une programmation passée du NTA... Par ailleurs, des concerts, opéra, théâtres, musées, cinémas, un offre culturelle de capitale très palpable !
A deux pas du Palacio do Tiradente le long duquel s’alignent des clones de grosses Volkswagen de parlementaires, nous assistâmes médusés, charmés, émus, à une messe de pause-déjeuner dans l’église São José. Passage éclair ou prolongé des gens qui travaillent dans les alentours, musique et belle voix en direc’, communion dans le chant, main dans la main, dans la diversité des âges, des looks, des races, force génuflexions, piété et ferveur non feinte… Un sincère grand choc anthropologique !
Étrange scène nocturne de samedi dans la somptueuse église centrale do Carmo : brassées de roses blanches, tapis rouge, avancée couverte sur le trottoir comme devant les grands hôtels new-yorkais, mariage de la haute société en tenues de soirée comme à la télé…
Image incongrue de mamie barricadée chez elle, derrière le rempart de deux molosses canins en verve et gardant le portail cadenassé, qui se fait livrer secure, de la rue par le balcon, grâce à un sac de tissu et une ficelle.
Faux ami : les gros yeux de la serveuse un peu brute de décoffrage du resto du coin quand, après ma soupe de légumes, j’ai demandé une « infução ». En fait de tisane, il s’agissait à la vérité d’une sorte de rhum arrangé version cachaça !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire